Interviews — 19 août 2014

Il est né près de Cardiff il y a 22 ans et partage ses études entre la France et le Pays de Galles. Illtud Daffyd étudie la langue de Molière et la politique internationale, se passionne pour le rugby et vient de passer 4 mois au Chantier solidaire d’Emmaüs. Comme les dizaines de jeunes venus des quatre coins du monde, il est venu chercher un sens à ses études, retrouvant dans l’engagement «des valeurs communes entre le sport et l’expérience humaniste».

Factotum: Illtud, pourquoi as-tu choisi de venir en France cette année?

Illtud: Je suis venu plusieurs fois en France, avec mes parents. Après mon bac, j’ai pris une année sabbatique pour faire une saison d’hiver dans les Alpes et une saison d’été à Moliets, dans les Landes. Dans le cadre de mes études, je suis devenu assistant d’Anglais dans un lycée technologique et professionnel à Moulins-sur-Allier, en Auvergne. Ce fut une expérience linguistique très intéressante, car contrairement au dispositif Erasmus, je me suis retrouvé dans une petite ville en lien direct avec sa population, j’étais obligé de parler le Français! La culture française a toujours été présente dans ma famille, à commencer par sa gastronomie…Enfin, j’ai trouvé en France le journal de mes rêves…l’Equipe!!

Que fais-tu de tes journées ici?

Comme tout le monde, je fais un peu tout; il s’agit de remplacer les Compagnons qui sont en congés et d’endosser des responsabilités. Chaque soir, nous remplissons un tableau pour passer par tous les ateliers (crêperie, ferraille, recyclerie, éco-construction, ferme, etc.). J’ai une nette préférence pour les travaux de plein air et j’ai découvert la culture de certains légumes…il fait plus chaud en France qu’au Pays de Galles! En soirée, je travaille sur un document que je rendrai à l’université à la rentrée sur le rôle de l’entreprise Michelin en Auvergne et je consulte mes mails, car je suis aussi éditeur du journal sportif de l’université. J’ai également traduit le dossier de presse de Keziah Jones, qui est venu au festival en juillet, et le site internet d’Emmaüs Lescar-Pau.

Le travail et la vie en collectivité sont-ils pour toi une chose nouvelle?

Non, car au lycée comme à l’université, en Pays de Galles, nous avançons ensemble, par le biais du sport ou de la culture. L’Union des étudiants gallois organise aussi chaque année une semaine de charité en faveur d’une association caritative. Il y a un vrai sentiment de fierté à porter certaines valeurs. Je reconnais la chance que j’ai: il faut savoir qu’une année universitaire coûte 3000 livres aux Gallois et 9000 aux Anglais. Cette somme est payée par le gouvernement et remboursée par l’étudiant, si son futur salaire dépasse 15 000 livres par an.

  «Je suis venu au Chantier solidaire pour continuer ailleurs»

 Tu reviens tout juste d’un voyage en Espagne, à la rencontre d’autres communautés. Peux-tu nous dire ce que tu as vu?

En effet, nous sommes partis, Compagnons et jeunes du Chantier solidaire, du 9 au 16 août. Nous avons visité plusieurs villages, dont Marinaleda, entre Séville et Malaga. Il y a 40 ans, le maire a créé une coopérative agricole, qui embauche aujourd’hui 60 % des travailleurs, chacun percevant 1200 euros par mois (le double du salaire moyen aujourd’hui en Espagne), les autres travaillant pour des entreprises publiques ou privées. Cette ville compte 3000 habitants, c’est un modèle économique alternatif au capitalisme, sans chômeurs ni promoteurs, ni police. La ville paie les matériaux à chacun de ses citoyens, qui construisent leur maison et en deviennent propriétaires pour 15 euros par mois. Il y a 3 piscines municipales, 4 terrains de foot, un Parc naturel, je n’ai jamais vu ça! La commune perçoit pourtant moins de subventions que la moyenne des municipalités andalouses, c’est intéressant de voir cette idée «socialiste» appliquée.

Que veut dire s’engager quand on a 22 ans?

Il n’y a pas de demi-mesure: dans le sport ou dans l’humanitaire, on ne doit pas s’engager à moitié. Si vous avez l’occasion de venir, restez au moins deux semaines. Vouloir changer le monde, c’est bien… mais il s’agit de se rendre compte que les alternatives sont tout à fait réalisables et de poursuivre la démarche, ce sont les petites choses qui font les grandes. Quand on travaille ici, on n’a pas vraiment le temps de réfléchir à tout ça, mais au-delà des expériences linguistique et manuelle, mon passage au Chantier solidaire a changé mon regard sur le monde, m’interpellant sur la nature humaine, l’être et l’avoir. Je constate en seulement 3 ou 4 ans l’impact négatif des réseaux sociaux, les jeunes n’ont plus la possibilité de se socialiser en ayant le souci d’être perçus de telle ou telle manière par le biais d’un écran. Et pourtant, conserver sa capacité sociale permet de réaliser quelque chose d’essentiel: les gens sont tous différents, il est inutile de préjuger. Le rugby l’enseigne aussi: quand on fait les choses ensemble, on en profite aussi ensemble.

«Avec plus d’un millier de personnes par jour, le Village Emmaüs Lescar Pau est en train de se réaliser: devenir un laboratoire d’innovation lié à la grande diversité des rencontres et des actions proposées.» (extrait Le Cairn n° 77). C’est dans cet esprit que le Chantier solidaire, au sein du Village, propose aux jeunes de 18 à 77 ans de participer bénévolement à une activité solidaire créant des alternatives sociales, économiques, culturelles, agricoles et urbaines, au centre desquelles se place l’humain. Ouvert toute l’année avec une pointe de fréquentation en été, il accueille essentiellement des jeunes du monde entier, qui s’inscrivent selon leurs disponibilités, découvrant et participant à la vingtaine d’ateliers permettant au Village de développer ses utopies, sans subventions: ferme alternative, éco-construction, festival, recyclerie, électronique-informatique, cuisine, communication, etc.

Informations et inscriptions au 05 59 81 17 82 et chantier-solidaire@emmaus-lescar-pau.org et www.chantier-solidaire.com

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pierre

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